Le canon éthiopien : combien de livres compte la Bible tewahedo ?
81 livres pour le canon dit étroit, environ 90 pour le canon large. Mais la réponse honnête tient en une phrase de plus : il n’existe aucune liste officielle unique publiée par l’Église orthodoxe éthiopienne tewahedo. Les énumérations varient d’une source à l’autre, et cette variation a une explication précise — c’est l’objet de cette page.
Dernière mise à jour : 29 août 2026Pourquoi le décompte varie de 81 à 90
La variation ne porte pas sur le contenu, mais sur la manière de le compter. Trois mécanismes suffisent à l’expliquer :
- Le regroupement. Les livres des Rois sont tantôt comptés comme deux livres, tantôt comme quatre. Les Proverbes sont parfois scindés en deux unités distinctes. Aucun texte n’est ajouté ni retiré : seule l’unité de compte change.
- La distinction entre canon étroit et canon large. Le canon large intègre huit écrits d’ordre disciplinaire et canonique que le canon étroit laisse de côté, sans pour autant les rejeter.
- L’absence d’acte de clôture. Contrairement au concile de Trente pour l’Église catholique, aucune décision unique n’a arrêté une liste éthiopienne définitive. La tradition s’est transmise par l’usage liturgique et par les recueils canoniques.
La référence académique la plus citée sur cette question reste l’étude de R. W. Cowley, The Biblical Canon of the Ethiopian Orthodox Church Today (1974), qui recense précisément ces divergences d’énumération.
Les décomptes comparés
| Tradition | Nombre de livres | Ce qui fixe le décompte |
|---|---|---|
| Protestante | 66 | Canon hébraïque pour l’Ancien Testament, sans les deutérocanoniques |
| Catholique | 73 | Concile de Trente, 1546 |
| Orthodoxe grecque | Variable | Usage liturgique, sans liste unique contraignante |
| Éthiopienne tewahedo, canon étroit | 81 | Usage et recueils canoniques ; énumération variable selon les sources |
| Éthiopienne tewahedo, canon large | ~90 | Ajout des écrits disciplinaires et canoniques |
Les chiffres de 125, 180, 201, 508 ou 1088 que l’on rencontre sur certaines éditions en vente en ligne ne correspondent à aucune de ces traditions. Nous expliquons leur origine dans une page dédiée au décompte annoncé par les éditions du marché.
Ce que le canon éthiopien contient de plus que le canon occidental
Au-delà des livres deutérocanoniques que partagent les traditions catholique et orthodoxe — Tobie, Judith, la Sagesse, le Siracide, Baruch, les Maccabées —, le canon éthiopien conserve des textes qu’on ne trouve dans aucun autre canon chrétien :
- Le Livre d’Hénoch (1 Hénoch). Conservé intégralement en guèze seulement. Ailleurs, il n’en subsiste que des fragments araméens, notamment retrouvés à Qumrân, et des extraits grecs.
- Le Livre des Jubilés. Réécriture de la Genèse et du début de l’Exode selon un comput par jubilés de quarante-neuf ans. Également attesté à Qumrân.
- Les trois Meqabyan. Œuvres proprement éthiopiennes, à ne pas confondre avec les livres des Maccabées grecs, dont elles ne partagent que la proximité de nom.
- 4 Baruch, aussi appelé Paralipomènes de Jérémie.
- Le Livre de l’Alliance, le Sinodos, le Qälementos et la Didesqelya, pour le canon large.
Comment l’Église tewahedo a fixé son canon sans Rome ni Byzance
Le christianisme est établi dans le royaume d’Aksoum dès le IVe siècle, ce qui en fait l’une des plus anciennes implantations chrétiennes du monde. L’Église éthiopienne s’est ensuite développée avec une autonomie considérable, dans une langue liturgique propre, le guèze, et avec sa propre tradition manuscrite.
Cette continuité explique la conservation de textes perdus ailleurs. Le Livre d’Hénoch en est le cas le plus net : connu de l’Antiquité chrétienne, cité dans l’épître de Jude, il disparaît de la transmission occidentale au fil du premier millénaire et n’est redécouvert par l’érudition européenne qu’à la fin du XVIIIe siècle, à partir de manuscrits rapportés d’Éthiopie.
Un point mérite d’être dit clairement, parce qu’il circule beaucoup : ces textes n’ont pas été « interdits » ni « censurés ». Deux traditions se sont constituées séparément, avec des critères différents. C’est une histoire de transmission, pas de suppression.
Les sources académiques utilisables
- R. W. Cowley, The Biblical Canon of the Ethiopian Orthodox Church Today, 1974 — la référence sur les variations d’énumération.
- Le Fetha Nagast, recueil juridique et canonique éthiopien, pour la constitution du corpus canonique.
- Les éditions critiques du Livre d’Hénoch établies sur les manuscrits éthiopiens, à partir de l’édition d’August Dillmann (1851) et des travaux de R. H. Charles.
Nous détaillons la provenance de chaque texte que nous publions — traduction retenue, traducteur, date, statut juridique — sur la page de notre édition française.
Questions fréquentes
Combien de livres compte la Bible éthiopienne ?
Le chiffre le plus couramment retenu par la recherche est 81 pour le canon dit étroit, et environ 90 pour le canon large. Il n’existe pas de liste officielle unique publiée par l’Église orthodoxe éthiopienne tewahedo : les énumérations varient selon les sources et les époques, principalement parce que certains livres sont tantôt comptés ensemble, tantôt séparément.
Pourquoi certaines éditions annoncent-elles 88 livres ?
Le chiffre de 88 correspond à l’addition des 66 livres du canon protestant et de 22 textes supplémentaires. C’est une construction éditoriale issue du marché anglophone, pas un décompte tiré de la tradition éthiopienne. Il ne correspond ni au canon étroit (81) ni au canon large (environ 90).
La Bible éthiopienne contient-elle le Livre d’Hénoch ?
Oui. L’Église orthodoxe éthiopienne tewahedo est la seule Église chrétienne à avoir conservé le Livre d’Hénoch dans son canon biblique. Le texte complet ne subsiste aujourd’hui qu’en guèze, la langue liturgique éthiopienne, alors que seuls des fragments en araméen et en grec sont connus par ailleurs.
Le canon éthiopien contient-il le Nouveau Testament ?
Oui, les 27 livres du Nouveau Testament en font partie. Le canon large y ajoute huit écrits d’ordre disciplinaire et canonique absents des canons occidentaux : les quatre livres du Sinodos, les deux livres du Mets’hafe Kidan (Livre de l’Alliance), le Qälementos et la Didesqelya.
Pourquoi le canon éthiopien est-il plus large que le canon catholique ?
L’Église éthiopienne a fixé son canon en dehors des processus qui ont conduit aux canons latin et byzantin. Le christianisme y est établi depuis le IVe siècle et l’Éthiopie n’a jamais connu de domination coloniale durable : sa tradition manuscrite s’est développée de façon continue et relativement autonome, conservant des textes que d’autres traditions ont laissés de côté.